De la vérité à l’autorité

Croire qu'il existe une Vérité, avec un grand V, unique, ultime, 
c'est chercher à imposer ma singularité d'humain, 
c'est rechercher la fusion avec l'autre de façon totalitaire,
c'est chercher à ce qu'on me soit identique par l'emprise et dans le mépris,
c'est vouloir créer l'unité par la domination et dans le conflit,
c'est nier la différence par l'inhumanité et l'exclusion.
C'est prendre mes impressions pour La Réalité
c'est imposer une perception niant la relativité.

Étant moi-même coupé/e de ce qui inspire ma vision,
de ce qui est brillance en moi,
de ce qui me permet de reconnaitre
où je vais, 
qui je suis, 
profondément,
véritablement,
ayant perdu ce qui éclaire
mes choix,
mes directions,
ce qui donne un sens à ma vie,
ayant oublié ma Loi divine,
je cherche la lumière tel un papillon
je cherche un éclairage parmi les autres, en ce monde.
Or cette guidance, ce "plus haut que moi"
est de l'ordre de l'immatériel, de l'innommable 
et c'est pourquoi il peut porter tant de noms:
mon Âme, mon guide, ma bonne étoile, mon Dieu, mon ange gardien, la Source, l'Univers, la Vie....

Ainsi en errance, perdu/e, cherchant ma voie,
je vis dans l'illusion que les autres ont eux aussi besoin d'une guidance ici bas 
et que c'est à moi de la leur apporter.
Je cherche alors à les aider, les guider, les cadrer, 
bien souvent sans qu'on me l'ait demandé, 
en leur donnant un conseil, une direction, une directive, une ligne de conduite, 
quelque chose qui les guide tel un Père vers une solution, une issue, 
vers le bout du tunnel.
Et à force de chercher à les inspirer, je finis par vouloir les aspirer.

Je cherche alors, dans mon ignorance,
à être au-delà de leur au-delà,
à être loi par delà leur Loi
Je deviens alors
un humain qui se prend pour les cieux,
un roi qui se prend pour un dieu.

Chaque fois que j'agis en maitre, en guide, en père, en dirigeant pour l'autre
chaque fois que je cherche à faire passer une idée, une vision, une vérité, une opinion
chaque fois que je cherche à contrôler l'autre sans respect ni bienveillance,
c'est cet espace de moi en errance,
ce terrien coupé de sa lumière,
cette biologie animal
qui exprime sa souffrance.

Alors chaque fois que je vois que l'autre se prend pour ma guidance,
je me souviens de ma propre errance
et chaque fois que je suis face à la dominance,
je reconnais ma propre intolérance.